"Avoir nos écoutilles ouvertes est indispensable. Il faut être prêt à saisir toutes les opportunités." écrivait le maire dans une de ses professions de
foi.
Lors de la campagne électorale le maire se félicitait de sauter sur tout ce qui bougeait, comme si gérer une commune consistait en une compétition entre les
différentes communes, à réaliser des "coups" pour se faire valoir plus que la ville voisine. Cette fois-ci le "coup" en question, ce sont les vieilles balises de Brest. A quand le prochain
?
Il y avait les sites préhistoriques remarquables : l'allée couverte de Pors Poulhan, les sites de Ménez Dregan, du Souc'h, datant du paléolithique inférieur (350 à
500 000 ans avant JC) où l'on a découvert des indices de feu entretenus comptant parmi les plus anciens connus dans le monde.
Mais visiblement ce n'était pas encore assez. Voici qu'une idée "lumineuse" a germé au sein de la municipalité : sauver et restaurer les vieilles bouées et balises
de Brest condamnées à la ferraille.
Revenons sur les faits et les dates :
Lors de la réunion du Conseil Municipal du 11 avril 2008, l'opposition interroge le maire sur le projet de conservatoire des bouées. Celui-ci lui répond qu'il ne
s'agit que "d'une idée, rien de plus" qui n'a donné lieu à aucun crédit budgétaire pour 2008.
Or, que peut-on lire dans le Chasse Marée paru peu de temps après ? Un article intitulé "Un conservatoire des bouées".
Et que révèle cet article ? Qu'une convention sera prochainement signée entre la commune et l'administration des Phares et Balises qui restera propriétaire des
flotteurs ; que le conservatoire ainsi créé présentera en plein air une vingtaine de bouées anciennes. La subdivision de Brest va ainsi sauver du chalumeau de grandes cardinales de 14 mètres de
hauteur pesant quelque 9 tonnes ainsi qu'un feu de môle en acier riveté. On y apprend surtout que le conservatoire de Pors Poulhan doit être inauguré l'an prochain.
Ce qui était censé n'être qu'une idée, rien de plus, se révèle être en réalité un dossier déjà très avancé.
Ce projet a été présenté à l'ordre du jour du conseil municipal du 27 juin (2 mois et demi seulement après le conseil précédent), simplement sous l'aspect d'une
convention à signer avec l'Etat pour un prêt de 14 bouées et d'un phare, sans précision sur :
- le coût de ce projet (transport, remise en état-sablage, peinture, installation, entretien) à la charge de la commune.
- L'endroit à Pors Poulhan susceptible d'accueillir 14 balises de 9 tonnes et un phare, et compatible avec ce projet de grande extension (terre plein portuaire,
parking, roselière, terrain de boules ?)
Lorsque les élus de l'opposition ont demandé d'être éclairés sur l'ensemble du projet, avant d'engager la commune sur la convention de prêt de bouées, le maire a
coupé court aux interventions et a fait voter le conseil. Ce faisant, il a cherché à rendre irréversible la décision du projet de conservatoire sans réellement la soumettre aux élus et encore
moins à la population.
Télégramme du 30 juin 2008 : "Conservatoire de bouées. L'opposition
claque la porte. (...) Jacques Paul a reproché à la majorité un vote prématuré de la convention de prêt. Alain Floch aurait souhaité une présentation du projet dans sa
globalité."
Dans cet article également :"<<Une affaire intéressante. Un plus sur la route du vent solaire de Ménez-Drégan. Si
ce n'est pas nous, ce sera quelqu'un d'autre. >> argumente le maire."
Croyez-vous vraiment que d'autres communes se soient bousculées au portillon pour récupérer ses vieilles bouées ?
Ouest-France du 30 juin 2008 : "Conseil : un manque d'éclairage sur
les phares et balises. La convention de prêt de bouées avec les Phares et balises (13 bouées et un phare) à Brest a provoqué le départ de l'opposition lors du conseil municipal, vendredi
dernier. (...) Marie-José Louarn estime que << l'opposition a été tenue à l'écart avant les élections sur le projet phares et balises.>> Jacques Paul s'étonne, <<des engagements
sans présentation du projet, une situation irréversible. Un projet qui n'a pas été discuté ni présenté à la population.>> (...) L'opposition semble-t-il aurait préféré connaître le projet
autrement que par voie de presse. (...) Jacques Paul intervient : <<Quel coût pour le transport des bouées ? >> Le maire, Jean Claude Hamon, l'interrompt et passe au vote.
L'opposition s'offusque et décide de << prendre le large>>.
Télégramme du 3 juillet 2008 : "(...) << L'opposition municipale
souhaite en savoir plus sur ce projet et surtout sur son coût. Et estimant être écarté de toute information, l'opposition << a quitté la séance du dernier conseil >> rappelle son
leader Alain Floch."
Ouest-France 19-20 juillet 2008 : "(...) Destinés à la ferraille, une dizaine de bouées et balises
sont déjà entreposées depuis une semaine. Un coût de 30 000 € pour cette opération qui englobe le transport 9000 € et sablage, peinture des anciens équipements maritimes."
Cet article reprenait également le propos suivant : "Le projet n'est pas encore défini et se fera en concertation avec
la population."
Là, il y a vraiment de quoi éclater de rire. Ainsi ni la population, ni même l'opposition n'ont été tenu au courant de l'avancée du projet, ont été mises devant le
fait accompli et on voudrait nous faire croire qu'à présent que tout s'est fais dans leur dos, on va tenir compte de leurs avis ?
Compte-rendu du Conseil Municipal du 27 juin 2008 :
"Il (le maire) explique que le matériel proposé, qui resterait propriété de l'Etat, serait composé d'une dizaine de
bouées et d'un phare de 11 m. Le tout serait nettoyé et mis en sécurité. Le coût estimé de ces travaux est d'environ 25 000 €. De toute manière l'étude de faisabilité du conservatoire donnerait
lieu en préalable à une demande d'autorisation d'urbanisme avec enquête publique.
(...) M. le maire rajoute que tant que la convention de prêt de matériel n'était pas rédigée par les phares et balises, il ne pouvait
s'agir encore que d'une idée. Il n'est pas un spécialiste des effets d'annonces.
M. FLOCH fait constater qu'à défaut d'effet d'annonces, il a quand même été avisé de ce projet par la presse et des revues comme le
chasse-marée.>>
M. le maire lui répond que cela n'est pas de son fait.
Mme LOUARN regrette que M. le maire ne leur en aie pas parlé plus tôt.
M. PAUL est choqué de constater que M. le maire souhaite faire voter une convention de prêt de matériel. Il semble s'agir là d'un
projet déjà largement élaboré sans aucune consultation des élus. Il rappelle qu'au dernier conseil, il avait été voté un règlement intérieur du conseil municipal qui autorise les élus à
s'exprimer.
Il fait partie de ceux qui pensent que M. le maire << met la charrue avant les boeufs. Il n'y a aucun détail sur la consistance
de ce projet or, il constate que des dépenses sont déjà engagées pour le transport du matériel. Le projet sera donc irréversible. Il n'y a pas eu de discussions, ni de présentation du projet à la
population>>.
Il demande où seront entreposées ces bouées.
M. le maire répond qu'elles ne seront pas placées dans la roselière. Il regrette qu'il se dit beaucoup de choses à
propos de ces bouées. Pour l'instant, il n'y a pas de projet."
Oui, vous avez bien lu : Pour l'instant, il n'y a pas de projet !!
En résumé, Plouhinec se retrouve donc avec une dizaine de bouées de
plusieurs tonnes et d'un phare entreposés à la zone de Lezvenez, qu'il va falloir restaurer puis acheminer vers leur lieu d'exposition sur un terrain qu'il aura fallu aménager préalablement, tout
çà pour un projet qui n'est pas encore tout à fait défini et qui coûterait 30 000 €. Si l'on se réfère à l'exemple de la mairie, le coût réel risque de dépasser allègrement le coût estimé. Et à
priori ce coût ne couvre que l'entretien des balises. Combien coûtera aux Plouhinecois l'aménagement de la zone où elles seront finalement exposées ?
Et qu'en est-il de l'étude de faisabilité du conservatoire, de la demande d'autorisation d'urbanisme avec enquête publique ?
Où se retrouveront finalement ces balises (dont le nombre n'a pas été clairement défini dans le compte-rendu du Conseil municipal) ? A Pors Poulhan apparemment.
Mais où exactement ? Pas dans la roselière promet le maire. Sur le parking ? Dans la zone marécageuse ? Dans ce cas, il va falloir entamer des travaux importants car les balises ne peuvent être
placées sur cette zone telle qu'elle.
Des tonnes de ferrailles à restaurer, pas de projet défini, pas de zone d'exposition clairement établie. Déjà 9000 € de frais pour le transport de ces bouées de
Brest à la zone de Lezvenez...
La municipalité, agissant en douce, sans aucune concertation avec la population ni l'opposition (qui représente pourtant 50 % des Plouhinécois) a engagé des frais
importants pour un projet dont l'utilité n'est pas flagrante, au détriment de projets plus importants, plus essentiels, comme l'aménagement des abords de plages, l'entretien des routes,
etc.
En effet, comment comprendre que l'on engage des dépenses pour le conservatoire sans se préoccuper du montant global de la dépense et de ses retombées, alors que
dans le même temps certaines routes très fréquentées ne sont pas entretenues ? Dernièrement, à la soirée de l'amicale laïque, qui s'est déroulée à l'école des ajoncs, Madame Duval a indiqué aux
parents d'élèves que compte tenu du prix du fuel, le car de la commune sera à l'avenir moins utilisé pour le transport des élèves. Ainsi on n'a pas assez d'argent pour les écoliers de Plouhinec
mais on en a suffisamment pour la réfection de vieilles bouées destinées à la ferraille... Chacun jugera !
Espérons qu'avec 14 balises et un phare à Plouhinec, la municipalité retrouvera le nord.